Financement de l’entreprise publique

rien n’est gravé dans le marbre

EXTRAIT DE BOHEMIA (ndt )magazine cubain hebdomadaire d’actualités Auteure : Delia Reyes García 4 juin 2021

Le manque de devises étrangères a laissé à zéro les liquidités de nombreuses entités exportatrices à Cuba à partir du deuxième trimestre de 2020. 

Le développement futur de l’industrie de l’élevage de crevettes à Santi Spiritus repose sur la zone de pré-élevage. Photo : Vicente Brito/ Escambray.

Cette situation a affecté de manière significative l’Entreprise pour l’élevage de crevettes (Eccam), car elle n’a pas pu disposer du financement nécessaire pour acquérir en temps voulu sur le marché extérieur, les aliments pour animaux qui garantiraient la réalisation de ses plans de production.

Pour la même raison, l’UEB Cultizaza, dédiée à l’engraissement des crustacés à Sancti Spíritus, n’a pas atteint les 900 tonnes prévues et a clôturé l’année avec seulement 67%, explique Tomás Naranjo Estévez, directeur adjoint d’Eccam.
Mais à partir du troisième trimestre, les tensions ont commencé à s’apaiser.

L’évolution de l’entité, depuis l’attribution des pouvoirs commente son directeur général, Ulando Jiménez Vargas, lors de la table ronde de « Bohèmia » qui aborde la mise en œuvre de mesures visant à améliorer et à assouplir la gestion du tissu entrepreneurial.

" L’entreprise, unique en son genre dans le pays, est née en 2011 de la fusion de l’industrie de la pêche avec l’industrie alimentaire.
À cette époque, nous ne produisions que 2 177 tonnes de crevettes.
 Depuis 2014, nous avons obtenu l’approbation d’un système de financement fermé qui nous a permis d’avoir accès à 16 centimes de devises étrangères pour chaque peso d’exportation. Cela nous garantissait, par le biais des importateurs, d’acquérir principalement les aliments pour nourrir les crevettes."

"Avec ces revenus en devises, plus les financements que le ministère de l’Économie et de la Planification (MEP) a déboursés mensuellement, nous avons augmenté les productions et en 2019 nous avons atteint le record historique de 6 592 tonnes, nous en avons exporté 70 % vers les marchés européens et le reste est allé la consommation intérieure.

Eccam a commencé l’année 2020 avec un participation des revenus à 100%. Et comme cela s’est produit pour la plupart des exportateurs avec des régimes fermés, à l’exception de ce que nous avions sur le compte de capacité de liquidités de mars à juin il était nul, c’est-à-dire que pas un seul centime n’est allé sur ce compte.

En juillet, nous avons été approuvés pour 20% de recettes en devises et, après avoir écouté nos arguments, le 30 septembre, nous avons fait partie des entreprises qui ont été approuvées pour 80% de leurs recettes en devises. Mais nous avions déjà une " tirelire " vide. "

Après la décision du MEP d’autoriser ce pourcentage de liquidités en devises, ils ont pu obtenir un crédit externe d’une valeur de 4 000 000 de dollars en peu de temps, afin de garantir l’achat de la principale matière première (aliments pour nourrir les crevettes), avec une couverture jusqu’au premier trimestre de l’année en cours.

Jiménez Vargas estime qu’en étant capable de conserver 80 % de la capacité de liquidité, les fournisseurs et les créanciers externes, tant pour les matières premières que pour le financement, ont une sécurité totale dans le retour de leur argent, puisque c’est l’entreprise qui gère ses propres finances. Elle ne dépend plus du Groupe Commercial de l’ Industrie Alimentaire ou du MEP.

Il assure que le crédit est dûment porté dans la trésorerie de l’entreprise, dans laquelle entrent les recettes d’exportation, les ventes en ligne et en monnaie librement convertible (MLC). Ces deux dernières modalités de commercialisation approuvées visent également à remettre l’économie à flot.

AVANT ET APRES

La décision de décentraliser l’accès aux devises et de les restituer directement aux entités productrices-exportatrices constitue un tournant dans l’économie nationale, couronné dès le 1er janvier par l’ordonnance monétaire.

Auparavant, rappelle le PDG d’Eccam, nous nous adressions aux sociétés du GEIA pour demander quoi que ce soit et la réponse était "je ne l’ai pas".
Maintenant, ce sont eux qui nous appellent parce que nous gérons nos finances, avec des revenus en devises.
La chaîne de production n’est donc plus une chimère. Elle est déjà une réalité ».

"Nous payons l’Entreprise Compacto Caribe pour tous les intrants en MLC. [1]
Il en va de même pour le reste de l’industrie. Nous avons acheté des structures métalliques pour l’expansion de la ferme de crevettes à Río Cauto, dans la province de Granma", a déclaré Jiménez Vargas.

En recevant des devises directement issues des exportations, l’entreprise de boissons et rafraîchissements à la Havane (Ember) a également ouvert la voie à l’établissement de liens avec l’industrie.
"Avec seulement un transfert de 26.000 dollars à la société Inoxidable Varona pour la fabrication d’équipements, nous pourrons avoir un million 300.000 litres de vinaigre en plus, qui se substituent aux importations", dit Nilda E. Lopez Lopez, sa directrice générale.
Ils prévoient également de sauver, avec l’industrie, la ligne d’embouteillage de boissons gazeuses, pour des ventes en MLC et en monnaie nationale.

"Avec les mesures mises en place, l’entreprise commence à fonctionner - sans médiations - réellement comme ce qu’elle est, pour défendre son économie et sa durabilité. Avant, nous ne gérions pas directement les ressources et il y avait un manque de pièces de rechange dans les lignes qui produisaient pour l’exportation. C’était un frein au développement.

"Contrairement à ce qui est arrivé à Eccam, nous avons une tirelire pleine.
La question est de faire un usage approprié de ce financement. Nous produisons la marque Légendaire pour l’exportation, et la tâche de l’entreprise cette année est d’être productrice et exportatrice de ses propres produits.
Cela s’accompagne derrière d’une garantie de 90 % des matières premières, à des prix compétitifs", souligne M. López López.

Piña colada, crème de coco, vinaigre et vin blanc sec de différents types, entre autres assortiments, constituent le portefeuille de produits d’Ember pour les ventes en ligne et les différents segments de marché du pays.

LIBERER LE SECTEUR CAPTIF

Les organisations professionnelles, sous la tutelle du ministère de l’Industrie avaient l’an dernier dans leur plan 30% de financement par des tiers.
Grâce aux mesures qui rendent la gestion des entreprises plus flexible, ce chiffre passera à près de 60% en 2021, en cherchant à remplacer les importations et à tirer parti des capacités industrielles installées.

Ce transfert de liquidités des entités nationales profite également à l’Entreprise Mécanique de Transformation de l’Acier (EMTA), reconnaît son directeur général, Juan Fernández Marzo.
"Nous avons travaillé avec la zone spéciale de développement de Mariel (ZEDM) et d’autres clients, ce qui nous a permis de recevoir à l’avance le financement nécessaire pour produire et réaliser un enchaînement efficace".

Photo : Jorge Luis Sánchez Rivera/ Bohemia.

Cependant, il existe encore des problèmes qui ne peuvent être résolus d’un seul coup.
 "Le premier est le pouvoir d’approuver les tableaux des effectifs. L’employeur peut déjà le faire.
Mais à un certain moment, il peut avoir besoin de moins de travailleurs et alors comment pouvons-nous ajuster ces chiffres ?
Sinon, nous tomberions dans une perte.
C’est pourquoi la main-d’œuvre ne peut être une camisole de force.

"De plus, la technologie est obsolète. L’industrie a traversé la période spéciale avec une énorme pénurie de pièces de rechange, et cette situation n’a pas pu s’inverser depuis.

Avec les nouvelles mesures, il est possible de conserver une partie du financement pour réaliser de petits investissements, accéder aux pièces de rechange et moderniser l’outil industriel, mais cela prend du temps.

"Enfin, l’entrée en temps voulu des matières premières est difficile.
Nous savons que les importations à Cuba prennent six, huit mois et, attention quelques fois encore plus.

Et le client qui demande un travail le veut dans un mois. Il ne peut pas s’asseoir et attendre.

C’est pourquoi nous devons avoir des stocks de ressources pour les renouveler avec les liquidités dont l’entreprise peut disposer. Sinon, nous perdons des clients et nous ne parvenons pas non plus à réaliser les plans.

Selon M. Fernández Marzo, il existe un autre élément très important :
la mentalité de l’entrepreneur.
"Avec les mesures approuvées et d’autres en attente, nous devons pousser de bas en haut. Les commandes sont entre nos mains pour faire démarrer la locomotive de l’économie".

LE RHUM HERENCIA NE PEUT S’EXPORTER ….

Photo : Jorge Luis Sánchez Rivera/ Bohemia.

Bien que Nilda López López, directrice générale d’Ember, reconnaisse qu’ils ont obtenu la quasi-totalité de la matière première nécessaire pour réaliser leurs projets en 2021, l’une de ses unités, l’UEB Ronera Occidente, a eu beaucoup de mal à acquérir les bouteilles dont elle a besoin pour un nouveau produit destiné à l’exportation.

C’est ainsi que le reconnaît Florentino Quintan Calzado, directeur de l’UEB, "nous avons déjà fait un premier essai sur le marché national de la nouvelle marque de rhum Herencia, avec une très bonne acceptation.

Cependant, pour l’exporter, il ne peut pas être dans des bouteilles recyclées, nous devons acheter le contenant à l’étranger et, en raison de l’embargo des États-Unis, cela n’a pas été possible.
"L’embargo est quelque chose que nous subissons dans notre chair.

Alors que les négociations avec le fournisseur étaient déjà avancées, aux États-Unis ils ont acheté le verre qui a permis de fabriquer la bouteille et tout s’est écroulé.
Cela a affecté non seulement notre entreprise, mais aussi le rhum Santiago. Havana Club a également dû changer de fournisseur en raison de ces pénuries.

Mais ce n’est pas seulement le développement du rhum Herencia qui a été tronqué par cette politique irrationnelle et hostile du gouvernement américain.

Les exportations de la société cubaine de marbre ralentissent également, déclare Orestes Rodriguez Fundora, directeur de l’UEB des exportations de la société d’importation et d’exportation de construction Imeco.

Photo : Jorge Luis Sánchez Rivera/ Bohemia.

"Les États-Unis sont le marché naturel de Cuba pour l’exportation de marbre. Comme c’est le cas pour le sucre. Il faut regarder l’histoire.
Si les relations avec le gouvernement de ce pays étaient différentes, la pierre de Jaimanite ne suffirait pas pour la Floride, et le marbre de Crema Valle ne suffirait pas non plus pour répondre à cette demande.
Il y a un autre groupe de produits, comme le sable de silice, qu’ils achètent dans des endroits plus éloignés et que nous avons à Cuba", explique Rodríguez Fundora.

Les portes du marché nord-américain étant fermées, Imeco doit trouver un moyen de commercialiser ses produits de manière compétitive uniquement dans la région des Caraïbes.

[1(ndt Monnaie Librement Convertible = devises)

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