L’art de la conversation

mercredi 19 février 2020
par  Graziella Pogolotti Jacobson, traduit par Christine Druel

L’art dela conversation

Auteure : Graziella Pogolotti

Conversation un après-midi sur le Malecón.Photo Ismael Francisco / Cubadebate

Après le travail quotidien, avant de profiter du repos réparateur, les hommes se réunissaient pour bavarder. Ils commentaient les faits divers du jour, racontaient des histoires d’autrefois et d’ailleurs, certaines étaient vraies d’autres mêlaient réalité et fiction. Au cours de cet échange on préservait la mémoire du passé et on nourrissait les ailes du souvenir, source de créativité et de capacité innovante lorsqu’elle emprunte des voies imprévues par le biais de nouvelles interrogations, de questions en attente de réponses ayant découvert dans sa quête des formulations simples. Mais, surtout, l’utilisation du mot significatif répondait au besoin de spiritualité, cette autre faim qui, selon Onelio Jorge Cardoso, reste latente en tout être humain. Avec la voix du conteur naissait peu à peu la littérature depuis les temps lointains qui ne connaissaient pas encore l’invention des hiéroglyphes ni de l’alphabet que nous connaissons aujourd’hui.

Des siècles ont passé. La radio est apparue. Après avoir écouté María Valero dans « les pages sonores du roman de l’air », pour profiter d’un peu de brise les habitants sortaient les chaises dans la rue. L’intense parfum laissé par le vendeur de fleurs subsistait dans l’atmosphère derrière lui. Le dialogue se croisait d’un trottoir à l’autre. On commentait les potins du quartier et l’actualité politique du moment. Certains penchés aux balcons observaient l’ensemble du pâté de maisons et intervenaient dans la conversation. Parfois, par association d’idées, le souvenir d’évènements du passé s’imposait. Pendant ce temps-là aux coins des rues, les jeunes s’occupaient de leurs affaires, toujours des hommes, car nous les femmes étions mises à l’écart.

L’apparition de la télévision a changé les habitudes. L’échange entre génération, autour de la table, à l’heure des repas, à la fin de la journée de travail, a cessé. Les parents et les enfants passaient en revue les incidents de la journée.Les références à des évènements de plus grande importance ne manquaient pas. Si le dialogue piétinait, on évoquait des anecdotes d’une autre époque. On tissait, par bribes, une mémoire commune, récupération de l’histoire et réaffirmation identitaire. Soudain l’écran est devenu un aiment hypnotique. Assiette à la main, la famille, séduite par l’image et le son, s’asseyait autour de l’appareil d’invention récente. Aujourd’hui,où tous sont subjugués par les tentations qu’offre le téléphone portable, la communication verbale s’atomise et l’écrit acquiert la concision d’un message télégraphique.

Privés de soutien économique et de reconnaissance sociale, les écrivains et artistes se réfugiaient dans des forums de discussion improvisés qui pouvaient avoir lieu dans l’arrière salle d’une cave où des repas chauds étaient servis, dans les cafés ou chez des amis. Mon père appréciait l’art de la conversation. Il accueillait des visiteurs de provenances les plus diverses, peintres, écrivains, professeurs d’université et des personnes étrangères au milieu intellectuel, dotés de la capacité à raconter avec aisance des anecdotes amusantes.Je n’avais pas le droit d’intervenir dans les dialogues des adultes, mais je pouvais écouter en silence tout en donnant l’impression de m’occuper de mes affaires. Parfois, les sujets de haute volée dans le domaine de la science ou de la philosophie dépassaient mes capacités de compréhension. Cependant,le plus souvent les sujets étaient plus accessibles. On parlait de la situation internationale, de la politique intérieure, de l’expérience de vie de chacun. Je me souviens encore lorsque Alejo Carpentier, déjà installé à Caracas, racontait son aventure sur l’Orénoque, à l’origine de son roman Los pasos perdidos Le retentissement de ces rencontres a créé, pour moi, un moyen informel d’apprentissage. Ce fut un éveil stimulant une curiosité insatiable, ouverte sur de plus vastes horizons.

C’est dans cette atmosphère, sans qu’intervienne une quelconque obligation presque par osmose, que l’intérêt pour l’histoire et pour la présence vivante de José Marti m’a gagnée. A l’école on étudiait Los versos sencillos, Los Zapaticos de rosa y la niña de Guatemala. A l’occasion d’un anniversaire on m’a offert un exemplaire de La Edad de oro, le recueil de cette revue éphémère conçue pour les enfants de Notre Amérique. Je me suis délectée de la lecture de ses pages. Un peu plus tardl ’impact serait définitif lorsque j’ai découvert El presidio politico en Cuba une condamnation des peines endurées par l’adolescent et d’autres damnées de la Terre dans les carrières de San Lázaro, aujourd’hui Fragua Martiana. Mais ManueIsidro Mendez, d’Artemisa, d’origine asturienne, entièrement consacré à l’étude de l’œuvre du Maitre, venait fréquemment à la maison. Je ne comprenais pas grand-chose à son flot de paroles. Le chercheur se plongeait dans les racines d’une pensée philosophique dont la profondeur me dépassait. La force de sa passion me fascinait.

Les chemins de la compréhension passent par le cœur. A la veille de l’anniversaire de la naissance de l’Apôtre, ce patrimoine immatériel qui nous accompagne, il est important d’insister sur le fait que son héritage ne peut être dispersé sous la forme d’une répétition récurrente des mêmes phases sorties du contexte. La voix de Marti doit vivre parmi nous dans son intégralité et son inspiration poétique. Aujourd’hui plus que jamais, pour franchir les obstacles, pour gravir les pentes qui unissent les hommes, nous avons besoin de la passion qui a dévoré le trop peu d’années de sa brève et féconde existence.

http://www.cubadebate.cu/opinion/2020/01/26/el-arte-de-conversar/#.XkWj-2hKiM8


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